Les nouveaux nouveaux pauvres / La loi plutôt que la confiance / n°169 (29 novembre 2020)
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LES NOUVEAUX NOUVEAUX PAUVRES


Avant la crise du Covid, fin 2019, quelque 9,3 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France, selon l'Insee, et près de 5 millions avaient recours à l'aide alimentaire. Pour certaines associations, la crise sanitaire et économique va plonger un million de personnes supplémentaires dans la pauvreté, tandis que l'Unedic prévoit 900 000 chômeurs supplémentaires en 2020. La crise a déjà mis sous tension les associations d'aide alimentaire quiaccompagnent 5 millions de personnes en France : elles connaissent des records de fréquentation, avec de nouveaux profils de bénéficiaires. Plus 10 % d'inscrits pour la campagne d'hiver des Restos du cœur, de 10 à 15 % d'ayants droit en plus à la Croix-Rouge, entre 20 et 25 % de nouveaux bénéficiaires pour la Fédération des Banques alimentaires... Le Président des Restos du cœur, Patrice Blanc note une explosion de la demande en Seine-Saint-Denis (+45 %) et à Paris (30 %) et presque autant dans les grandes métropoles. Il alerte en particulier sur la situation des jeunes, de plus en plus nombreux à frapper aux portes de l’association : les moins de 25 ans représentent déjà près de la moitié des bénéficiaires, les mineurs, 40 %. 

Alors que le nombre d'allocataires du RSA devrait croître de près de 9% cette année, le gouvernement demeure opposé à une revalorisation des minima sociaux, et préfère privilégier les mesures ciblées. Le 24 octobre, le Premier ministre, Jean Castex a présenté son plan à l'intention des plus précaires, doté de 1,8 milliard d'euros qui s'ajoute aux mesures prises durant la crise (1,5 milliard d'euros) et à celles du plan de relance (6 milliards d'euros). Ainsi, les bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA) et les chômeurs en fin de droits perçoivent depuis le 27 novembre une aide exceptionnelle de 150 euros, plus 100 euros par enfant à charge - cette dernière aide étant également versée aux familles touchant les aides aux logements. En outre, les jeunes de moins de 25 ans et les étudiants boursiers, soit 1,3 million de jeunes au total, percevront également 150 euros, fin novembre ou début décembre. Pour Christophe Devys, qui préside le collectif Alerte qui regroupe 35 fédérations et associations nationales de solidarité, ces mesures sont certes « bienvenues », mais le gouvernement reste, selon lui, campé sur une « position idéologique » lorsqu'il refuse d'augmenter les minima sociaux pour préférer des aides à l'insertion par l'emploi. Cette revalorisation, a-t-il souligné, est d'autant plus nécessaire que le RSA n'atteint plus aujourd'hui que 39 % du SMIC contre 50 % en 1988, au moment de la création du RMI (l'ancêtre du RSA).


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LA LOI PLUTÔT QUE LA CONFIANCE

 

Londres et Bruxelles doivent trouver au plus vite un accord qui puisse entrer en vigueur le 1er janvier prochain car, si le Royaume-Uni a officiellement quitté l'Union européenne le 31 janvier dernier, il reste soumis aux règles communautaires pendant une période de transition qui prend fin le 31 décembre 2020. Les discussions butent toujours sur la pêche, les règles de libre concurrence et les questions de gouvernance, notamment les mécanismes de règlement des litiges. 

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévenu mercredi 25 novembre qu'un éventuel accord commercial post-Brexit entre l'Union européenne et le Royaume-Uni ne devra pas affecter « l'intégrité du marché unique » en particulier le respect de ses normes environnementales, sociales, fiscales ou sur les aides d'État. Mme von der Leyen a insisté sur la nécessité de mettre en place dans le futur accord des « recours » au cas où l'Union européenne ou le Royaume-Uni s'écarteraient dans le temps des normes communes convenues. « La confiance est bonne, mais la loi est meilleure », a-t-elle observé. Sans traité commercial pour régir leur relation, Londres et Bruxelles courent le risque d'un nouveau choc économique, qui viendrait s'ajouter à celui provoqué par l'épidémie du coronavirus : selon une étude de KPMG publié le 18 novembre, l’économie britannique sera amputée de près de six points de croissance en cas de "no deal" (+4,4% en 2021 contre +10,1% sans Brexit). Ultime contrainte : les négociateurs doivent théoriquement laisser suffisamment de temps à leurs parlements pour qu'ils puissent ratifier un accord avant le 1er janvier. Curieusement, selon une étude du Pew Research Center publiée le18 novembre, quatre ans après avoir pris la décision de quitter l’Union européenne, 60 % des Britanniques ont une opinion favorable de l'Union européenne. 

Alors qu’elle négocie laborieusement le Brexit, Bruxelles est égalementdéfiée à l’Est par la Hongrie et la Pologne qui ont opposé le 16 novembre leur veto à la proposition de budget de l'Union européenne pour un montant de près de 1.100 milliards d'euros sur sept ans, ainsi qu'au fonds de relance européen de 750 milliards d'euros. Bien que ces deux pays soient les plus grands bénéficiaires de ce budget (4,3 milliards d'euros pour la Hongrie, 19 milliards pour la Pologne), leurs gouvernements refusent catégoriquement que l'accès aux fonds soit conditionné par le respect de l'État de droit, exigence imposée par l'Union européenne à la demande du Parlement européen. Selon un sondage commandé par le Parlement européen, début octobre, 77 % des citoyens européens soutiennent l'idée de lier les fonds européens au respect de l'État de droit et aux valeurs qui fondent l'Union.



Géopolitique, le débat
Géopolitique, le débat
RFI
Géopolitique, le débat - Politique étrangère de la France: y a-t-il une marque Macron?
Dans deux jours, Joe Biden prendra les rênes des USA et pour Paris, une nouvelle relation sera à construire avec Washington. Joe Biden aura, a ses côtés, un secrétaire d’État, Antony Blinken, familier de la France pour avoir passé quelques années de lycée à Paris. Trop tôt, bien sûr, pour évaluer si cela sera un atout pour Emmanuel Macron… mais d'autres faisceaux sont convergents… comme la présence de John Kerry également aux côtés de Biden pour s’occuper du climat. John Kerry lui aussi familier de la France. Reste à savoir maintenant si l’administration démocrate saura ne pas tenir rigueur à Emmanuel Macron d’avoir fait une place de choix au prédécesseur de Joe Biden en en faisant l’invité d’honneur d’une édition des cérémonies du 14 juillet à Paris. Une opération de séduction pour tenter de faire bouger Donald Trump sur des dossiers aussi difficiles que l’Iran, l’Accord climatique ou les Gafa. Tentative restée sans succès. Et une volonté peut-être aussi de souligner un certain alignement de la France avec les USA… On se souvient de la prise de position de Paris prise dans la foulée de celle de Washington en soutien à Juan Guaido au Venezuela. Pour ne citer que ces deux exemples. La prise de fonction de Joe Biden, le 20 janvier 2021, nous fournit l’occasion de nous pencher sur la diplomatie d’Emmanuel Macron. Que sait-on de la façon dont le président français approchera le nouveau président américain ? Emmanuel Macron a-t-il une doctrine, un principe qui guide sa politique étrangère ? A-t-il cherché à être différent de ses prédécesseurs ? A-t-il réussi ? Qu’est-ce qui fait la particularité de la diplomatie macronienne ?  - Bertrand Badie, professeur de Relations internationales à Sciences Po. « Inter-socialités. Le monde n'est plus géopolitique », aux éditions du CNRS.  - Marc Endeweld, journaliste à La Tribune et collaborateur du Monde diplomatique. « Emmanuel Macron, le grand manipulateur ? », éditions Points.
50 min
Éco d'ici éco d'ailleurs
Éco d'ici éco d'ailleurs
RFI
Éco d'ici éco d'ailleurs - Dix ans après la révolution, l’économie tunisienne au point mort
Aujourd'hui, Éco d’ici Éco d’ailleurs est à Tunis, dix ans après la chute du président Ben Ali chassé du pouvoir par une révolution populaire. À l'époque, les Tunisiens réclamaient la fin de l'absolutisme, ils voulaient mettre fin à un régime cleptocrate et corrompu qui pillait sans vergogne l'économie du pays, réduisant la population à l'oisiveté et à la pauvreté.   Dix ans après, dix ans après ce 14 janvier 2011 qui vit la fuite de Ben Ali et de sa famille, où en est l'économie tunisienne, les réformes espérées ont-elles été engagées, ont-elles porté leurs fruits ? Telles sont les questions que nous posons aux trois invités qui ont accepté notre invitation. - Mahmoud Ben Romdhane, économiste, ancien président d'Amnesty International. Ancien ministre du Transport, puis des Affaires sociales  - Mouna Ben Halima, hôtelière, vice-présidente de l'ATUGE, Association des Tunisiens des Grandes Écoles - Louai Chebbi, président de l'ONG Alert, une ONG de lutte contre l'économie de rente. Parmi les principaux secteurs de l'économie tunisienne, il y a le tourisme. Reportage d'Aabla Jounaïdi Les finances publiques tunisiennes sont en mauvais état. Cela contribue à la déshérence dans laquelle sont des services publics comme l’éducation et la santé. Reportage d'Aabla Jounaïdi Dans la situation actuelle, il y a des lueurs d'espoir. Par exemple, le lancement prochain du premier satellite tunisien. Ce lancement est prévu pour le 20 mars 2021, pour le 65ème anniversaire de l’indépendance. Le coût est d’un million de dollars financé par le groupe Telnet et porte sur l’Internet des objets. Ce lancement devrait ouvrir de nouvelles perspectives économiques pour le pays. Reportage de Michel Picard
49 min
Religions du monde
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RFI
Religions du monde - 2020: année sombre pour les minorités chrétiennes
Religions du Monde - Dimanche 17 janvier 2021 - 10h10-11H00 (heure de Paris) Le rapport 2020 de l’ONG chrétienne Portes Ouvertes souligne une augmentation de 60% du nombre de chrétiens tués dans le monde en raison de leur foi. Parmi eux, plus de 90% se situent en Afrique, du fait de la montée en puissance du terrorisme islamiste. Globalement, l’année 2020 restera celle d’une forte augmentation des violences extrêmes à l’égard des chrétiens dans l’Afrique subsaharienne. Par ailleurs, le Covid a aggravé les discriminations contre les minorités chrétiennes, notamment en Asie, dans l’aide alimentaire. Patrick Victor, directeur de Portes Ouvertes et Guillaume Guennec, responsable du plaidoyer. Hong Kong / Jimmy Lai. Le magnat de la presse populaire, qui avait été libéré sous caution à la veille de Noël, a retrouvé le chemin de la prison. Dorian Malovic, ancien correspondant à Hong Kong et chef du Bureau Asie au quotidien La Croix, brosse le portrait du milliardaire pro-démocrate converti au catholicisme après le massacre d’étudiants Place Tian‘anmen en 1989. Affaire Olivier Duhamel / Les religions monothéistes et l’interdit de l’inceste. La sortie du livre de Camille Kouchner «La familia grande» (Seuil) sur les agissements sexuels de son beau-père, à l’encontre de son frère jumeau lorsque que celui-ci était adolescent, a provoqué une onde de choc dans le microcosme de la gauche parisienne. Après les révélations sur la pédophilie au sein de l’église, après la vague MeToo, l’inceste, qui toucherait un Français sur dix, est le dernier délit sexuel à être porté sur la place publique alors que, paradoxalement, c’est le premier interdit posé par les religions monothéistes. Pierre Lassus, directeur général honoraire de l’Union française pour le sauvetage de l’enfance et psychothérapeute. Auteur de livres sur la parentalité et la maltraitance à l’égard des enfants, il a notamment signé chez Albin Michel «Être parents au risque de l’Évangile».
49 min
Les podcasts du Média
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Le Média
Entractu | Violence, racisme, sexisme : Le témoignage glaçant d'une policière
Depuis son entrée dans la police, elle tient un carnet. Un petit carnet noir, où elle a noté tous les insultes racistes et sexistes qu’elle a subi, vu ou entendu ; toutes les violences auxquelles elle a assisté ; tous les contrôles abusifs, les menaces, les coups. Des pages et des pages qui documentent le racisme, le sexisme et la violence qui gangrènent de l’intérieur la police française. Aujourd’hui, elle a décidé de rendre public ce carnet, que nous avons consulté (et dont la forme a été modifiée pour protéger notre source). S’il est rare d’entendre un policier s’exprimer librement sur ces sujets, la parole d’une policière en fonction est encore moins fréquente. Cet agent a accepté de témoigner à condition que son identité ne soit pas révélée, pour peur de représailles. “Il faut qu’ils ressentent la peur pendant le contrôle," “tapez dedans comme si c’était du gilet jaune”, “je suis facho, raciste et j’assume”... Ce ne sont que quelques morceaux choisis de ce document, que nous exposons pour la première fois. L'expérience de cette policière nous révèle les mécanismes profonds qui sont à l'œuvre dans la police en France. Elle nous montre le suivisme et l’omerta, la banalisation du racisme, les violences régulières en garde à vue, la stratégie de harcèlement et provocation envers les jeunes des quartiers populaires, le sexisme ambiant, l’impuissance ou l’indifférence de la hiérarchie, le manque de contrôle des brigades de nuit, l’insuffisance de la formation dans les écoles de police. Elle nous montre, grâce à son courage, comment ces problèmes ne relèvent pas d’une poignée d’individus égarés, mais qu’il s’agit là d’un dysfonctionnement global de l’institution policière, qui valorise le racisme et la violence et sanctionne les comportements vertueux. ▶ Soutenez Le Média : 👉 https://soutenez.lemediatv.fr/ 👉 https://www.okpal.com/le-media/ 👉 https://fr.tipeee.com/le-media ✅ Suivez-nous : Facebook Twitter Youtube Rejoignez la communauté des socios Pour aller plus loin
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